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TÉMOIGNAGE | Alors que l'Aide suisse contre le sida consacre, ce 1er décembre, le thème de sa journée à l'emploi, Alain raconte son chemin de croix pour décrocher un job. Embaucher des personnes porteuses du VIH fait encore très peur aux entreprises.
«Je travaille tous les jours, comme vous.» Tel est le slogan choisi par l'Aide suisse contre le sida pour la journée mondiale consacrée à la maladie. Selon les statistiques, sur les 25 000 personnes séropositives que compte notre pays, 15 000 d'entre elles travaillent. Ce chiffre ne dit en revanche pas combien d'entre elles en ont parlé à leur employeur, quand bien même aucune loi ne les y oblige.
Alain a fait le choix d'évoquer sa séropositivité lors de ses entretiens d'embauche. Résultat: en un an et demi, il n'a décroché aucun job. Et selon lui, cela n'est pas dû au hasard. Sa maladie le prétérite sur le marché de l'emploi. «Oui, être séropositif est encore un tabou dans le monde du travail», lâche cet habitant de la région nyonnaise.
TRANSITION DIFFICILE
Porteur du VIH depuis 1993, Alain, 45 ans, a rencontré ses premiers ennuis professionnels il y a un an et demi, lors d'un changement intervenu à la tête de l'établissement pour lequel il travaillait. Employé dans un cabaret, il est débarqué pour motifs économiques. Après une période de transition difficile, le Vaudois, cuisinier de formation, entreprend des démarches pour retrouver la vie active. «Je ne voulais plus travailler la nuit; j'ai cherché dans la vente et le service à temps partiel (ndlr: il bénéficie d'une rente AI de 70% en raison de sa maladie), j'avais envie de me rendre utile et d'avoir une activité comme tout le monde.»
Pour la trentaine d'offres auxquelles il répond, il décroche plusieurs entretiens. «En regardant mon CV, les employeurs avaient le sourire. Au moment où je donnais les raisons pour lesquelles j'étais à l'AI, le malaise s'installait d'emblée.» Quelques jours plus tard, une réponse négative tombait dans sa boîte aux lettres. «On y invoquait mon âge ou des problèmes d'horaire.» Il sait néanmoins que c'est le virus qui est en cause. «Un employeur m'a même dit: Je suis désolé pour vous, mais l'entreprise ne veut pas créer de précédents en engageant une personne séropositive.»
Le récit d'Alain ne surprend guère Thomas Lyssy, porte-parole de l'Aide suisse contre le sida. «C'est ce que nous entendons très souvent de la part de séropositifs qui décident de parler de leur maladie à leur employeur. Sur les 15 000 personnes touchées et qui travaillent dans notre pays, nous pensons que très peu d'entre elles ont mis leur patron au courant, par crainte de discrimination. Le but de notre campagne de cette année est là: montrer que 70% des séropositifs travaillent pourtant comme vous et moi. Il y a encore du travail à faire auprès des entreprises.»
L'association morgienne du Relais, active dans la réinsertion des personnes en difficulté, connaît elle aussi le problème. Aux malades dont les trithérapies fonctionnent bien et qui se sentent à même de mener une activité, elle conseille carrément de ne pas aborder le sujet.
FAIRE LE PAS D'EN PARLER
Malgré les échecs répétés, Alain, aujourd'hui bénévole pour l'association Arc-en-ciel qui aide les sidéens et leur famille, s'est toujours refusé à cacher sa séropositivité. «Je ne veux pas qu'on puisse me reprocher de ne pas avoir averti mon chef si je tombe malade ou si je dois m'absenter. Je trouve regrettable que les patrons ne prennent pas en compte l'honnêteté de ceux qui font le pas d'en parler.»
CÉLINE FONTANNAZ - photo P.MAEDER | 01 Décembre 2007
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